L’Abbé Raynal est l’un des commentateurs politiques les plus populaires du XVIII° siècle, auteur d’une fameuse Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, parue en 1770, qui le rapproche sur plusieurs points des Lumières. L’ouvrage commence ainsi :
« Il n’y a point eu d’événement aussi intéressant pour l’espèce humaine en général et pour les peuples de l’Europe en particulier, que la découverte du nouveau monde et le passage aux Indes par le Cap de Bonne-Espérance. Alors a commencé une révolution dans le commerce, dans la puissance des nations, dans les mœurs, l’industrie et le gouvernement de tous les peuples. C’est à ce moment que les hommes des contrées les plus éloignées se sont devenus nécessaires : les productions des climats placés sous l’équateur se consomment dans les climats voisins du pôle ; l’industrie du nord est transportée au sud ; les étoffes de l’Orient habillent l’Occident, et partout les hommes se sont communiqués leurs opinions, leurs lois, leurs usages, leurs remèdes, leurs maladies, leurs vertus et leurs vices.
Tout est changé et doit changer encore. Mais les révolutions passées et celles qui doivent suivre, ont-elles été, peuvent-elles être utiles à la nature humaine ? L’homme leur devra-t-il un jour plus de tranquillité, de vertus et de plaisirs ? Peuvent-elles rendre son état meilleur, ou ne feront-elles que le changer ?
L’Europe a fondé partout des colonies ; mais connaît-elle les principes sur lesquels on doit les fonder ? Elle a un commerce d’échange, d’économie et d’industrie. Ce commerce passe d’un peuple à l’autre. Ne peut-on découvrir par quels moyens et dans quelles circonstances ? Depuis qu’on connaît l’Amérique et la route du Cap, des nations qui n’étaient rien sont devenues puissantes ; d’autres qui faisaient trembler l’Europe se sont affaiblies. Comment ces découvertes ont-elles influé sur l’état de ces peuples ? Pourquoi les nations les plus florissantes et les plus riches ne sont-elles pas toujours celles à qui la nature a le plus donné ? […]
Les peuples qui ont poli les autres ont été commerçants. Il n’y a que deux jours que l’Europe était sauvage ; à bien des égards elle est encore barbare, et sans l’immense communication que les hommes ont les uns avec les autres, elle le serait peut-être toujours. »
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